Un outil contractuel à sécuriser
Dans les contrats d’affaires, les parties utilisent cette clause comme un levier stratégique, mais elles s’exposent souvent à un risque de contestation lorsqu’elles la rédigent. Dans les contrats d’affaires, elle constitue un levier stratégique, mais sa rédaction expose souvent les parties à un risque de contestation. Par un arrêt du 3 juin 2026, la chambre commerciale de la Cour de cassation clarifie la validité de la clause résolutoire balai au regard de l’article 1225 du Code civil. Pour les entreprises et dirigeants, l’enjeu est pratique : sécuriser la rupture contractuelle sans alourdir inutilement le contrat.
Cour de cassation, Com., 3 juin 2026, n° 24-19.612, Publié au Bulletin
Clause résolutoire balai : le cadre juridique à retenir
La clause résolutoire permet aux parties de prévoir qu’un manquement contractuel entraînera la résolution du contrat. Elle s’inscrit dans le cadre de l’article 1224 du Code civil. Ce texte admet trois modes de résolution : la clause résolutoire, la notification du créancier en cas d’inexécution suffisamment grave et la décision de justice.
L’article 1225 du Code civil encadre plus précisément la clause résolutoire. Il exige que la clause précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution. Il prévoit aussi, sauf stipulation contraire, une mise en demeure infructueuse. Lorsque le créancier doit adresser cette mise en demeure, il doit y mentionner expressément la clause résolutoire.
La difficulté tient au mot « précise ». Une lecture stricte pouvait imposer une liste détaillée de chaque obligation concernée. Une lecture plus opérationnelle pouvait, au contraire, admettre une identification claire des obligations à partir du contrat.
L’arrêt du 3 juin 2026 tranche cette difficulté. La Cour de cassation admet la clause résolutoire balai. Elle pose toutefois une condition centrale : les parties doivent pouvoir identifier les obligations concernées de manière claire et non équivoque.
Canal+ / beIN Sports : pourquoi la clause résolutoire balai posait difficulté
L’affaire concernait un contrat de sous-licence conclu le 11 février 2020 entre beIN Sports France et Groupe Canal+. Ce contrat portait sur des droits de diffusion télévisuelle de matchs de Ligue 1 et de Coupe de France pour les saisons 2020-2021 à 2023-2024.
Le contrat, rédigé en anglais, contenait une clause résolutoire. Cette clause permettait à la partie non défaillante de résilier immédiatement et automatiquement le contrat en cas de violation d’une obligation importante ou substantielle. Cette formulation traduisait les termes anglais « material obligation ». La clause visait aussi certaines stipulations de l’appel d’offres applicables au contrat de sous-licence.
Le 24 juillet 2021, Canal+ a notifié à beIN Sports la résiliation du contrat sur le fondement de cette clause. beIN Sports a contesté cette résiliation. La société soutenait que la clause ne respectait pas les exigences de l’article 1225 du Code civil.
Par un arrêt du 31 mai 2024, la cour d’appel de Paris a retenu une analyse stricte. Elle a considéré que la clause ne précisait pas assez les engagements concernés. Selon elle, la clause aurait dû énumérer en détail les obligations dont l’inexécution pouvait entraîner la résolution.
La Cour de cassation censure cette analyse. Elle ne juge pas définitivement que la clause Canal+ / beIN Sports devait produire effet. Elle reproche seulement à la cour d’appel de ne pas avoir recherché si les parties pouvaient identifier clairement les obligations visées. La Cour renvoie donc l’affaire devant la cour d’appel de Versailles sur ce point.
Article 1225 du Code civil : préciser ne veut pas dire énumérer
Une lecture finaliste du texte
La chambre commerciale adopte une interprétation téléologique de l’article 1225 du Code civil. Elle recherche l’objectif du texte. Elle refuse donc une lecture strictement littérale du mot « précise ».
Selon la Cour, l’article 1225 poursuit un objectif simple : permettre au débiteur d’identifier les engagements dont l’inexécution peut entraîner la résolution de plein droit du contrat. Cette exigence protège la prévisibilité contractuelle. Elle évite qu’une partie découvre trop tard le périmètre réel de la sanction.
La solution reste pragmatique. La clause résolutoire n’a pas toujours besoin de lister toutes les obligations concernées. En revanche, le contrat doit permettre aux parties d’identifier ces obligations sans ambiguïté.
Une continuité avec la jurisprudence antérieure
La Cour de cassation s’inscrit dans la continuité de sa jurisprudence antérieure à la réforme du droit des contrats. Elle rappelle d’abord que la clause résolutoire doit figurer expressément dans le contrat. Elle doit aussi traduire, sans équivoque, la volonté commune des parties de mettre fin de plein droit à leur convention (1re Civ., 25 novembre 1986, n° 84-15.705 ; 3e Civ., 7 décembre 1988, n° 87-11.892 ; 3e Civ., 12 octobre 1994, n° 92-13.211).
La Cour précise ensuite que la clause résolutoire ne peut sanctionner que l’inexécution d’une obligation expressément stipulée au contrat (3e Civ., 18 mai 1988, n° 87-11.669 ; 3e Civ., 15 septembre 2010, n° 09-10.339 ; Com., 17 janvier 2024, n° 22-20.163). Cette exigence protège le débiteur contre une résolution fondée sur une obligation extérieure au champ contractuel.
Enfin, lorsque la clause vise une obligation déterminée, le créancier ne peut pas l’étendre à une obligation distincte. La clause résolutoire ne produit effet que dans le périmètre défini par les parties (3e Civ., 29 avril 1985, n° 83-13.775 ; 3e Civ., 24 mai 2000, n° 98-18.049 ; 3e Civ., 13 décembre 2006, n° 06-12.323).
Cette jurisprudence n’imposait donc pas une énumération exhaustive. Elle exigeait surtout une identification claire des engagements sanctionnés. Selon la Cour de cassation, la réforme du droit des contrats de 2016 n’a pas remis cette solution en cause.
Quand une clause résolutoire balai est-elle valable ?
L’arrêt du 3 juin 2026 ne valide pas toutes les clauses générales. Il admet une clause résolutoire balai lorsque celle-ci renvoie à des obligations expressément prévues au contrat. Les parties doivent aussi pouvoir identifier ces obligations sans équivoque.
La solution peut se résumer simplement. Une clause peut prévoir que l’inexécution de certaines obligations contractuelles entraînera la résolution du contrat. Elle peut le faire même sans énumérer toutes ces obligations dans son propre corps. Le contrat doit toutefois permettre d’identifier clairement les obligations concernées.
Pour une entreprise, la nuance compte. La Cour de cassation ne consacre pas une clause vague. Elle admet une clause transversale, à condition que le contrat donne au débiteur une visibilité suffisante sur les manquements susceptibles de provoquer la résolution.
En pratique, une clause résolutoire balai gagne en solidité lorsque le contrat :
- identifie clairement les obligations essentielles ou substantielles ;
- organise les renvois vers les annexes, cahiers des charges ou appels d’offres ;
- précise les formalités d’activation de la clause ;
- distingue les inexécutions réparables des inexécutions impossibles à régulariser ;
- évite les formules trop générales qui laissent une marge d’interprétation excessive.
La décision sécurise donc une pratique courante dans les contrats d’affaires. Elle ne dispense pas les parties d’un travail de rédaction. La clause résolutoire balai fonctionne parce que le contrat reste lisible, et non parce que toute formulation générale deviendrait valable.
Contrats d’affaires : comment rédiger une clause résolutoire balai plus sûre
Identifier les obligations sensibles
Pour les dirigeants et directions juridiques, l’arrêt présente un intérêt opérationnel immédiat. Il permet de conserver des clauses résolutoires transversales dans les contrats complexes. Ces contrats contiennent souvent de nombreuses obligations techniques, financières ou opérationnelles.
Le premier réflexe consiste à structurer les obligations dans le contrat. La clause résolutoire balai devient plus robuste lorsque le contrat identifie les obligations concernées par grandes catégories. Il peut s’agir, par exemple, des obligations de paiement, d’exclusivité, de confidentialité, de conformité réglementaire, de reporting, de performance, de calendrier ou de coopération.
Les parties peuvent aussi viser des obligations « importantes » ou « substantielles ». Mais elles doivent alors donner un contenu concret à ces notions. Une notion utile en négociation peut devenir fragile en contentieux si le contrat ne permet pas d’en comprendre le périmètre.
Sécuriser les contrats rédigés en anglais
Dans les contrats rédigés en anglais ou bilingues, les notions importées exigent une attention particulière. Le terme « material obligation » peut se traduire par obligation importante ou substantielle. Cette traduction ne suffit toutefois pas toujours.
Les parties doivent préciser ce que la notion recouvre en droit français. Elles peuvent le faire par une définition contractuelle, par une liste de catégories d’obligations ou par un renvoi clair à certaines stipulations du contrat.
Cette précaution réduit les discussions sur le sens de la clause. Elle évite aussi qu’un juge doive reconstituer, après la rupture, l’intention exacte des parties.
Maîtriser les renvois aux annexes
Les contrats d’affaires renvoient souvent à plusieurs documents. La clause résolutoire peut viser un appel d’offres, des conditions particulières, une annexe technique ou un cahier des charges. Ce mécanisme reste possible, mais il doit rester lisible.
Le contrat doit identifier ces documents avec précision. Il doit aussi organiser leur hiérarchie. Cette hiérarchie devient essentielle lorsque deux documents contiennent des obligations proches ou partiellement divergentes.
Enfin, les parties doivent veiller à l’accessibilité des documents incorporés. Une clause qui renvoie à une annexe mal identifiée ou difficile à retrouver crée un risque. Le débiteur pourrait soutenir qu’il ne pouvait pas identifier clairement l’obligation sanctionnée.
Organiser la mise en demeure
La clause doit aussi organiser son activation. Les parties doivent indiquer si le créancier doit adresser une mise en demeure. Elles doivent préciser le délai de régularisation et les modalités de notification.
Lorsque les parties veulent écarter la mise en demeure, elles doivent le prévoir clairement. À défaut, le créancier doit respecter l’article 1225 du Code civil. Il doit alors adresser une mise en demeure et mentionner expressément la clause résolutoire.
Cette organisation contractuelle limite les incertitudes au moment de la rupture. Elle donne aussi à l’entreprise une méthode de mise en œuvre plus solide.
Mise en œuvre de la clause résolutoire balai : les risques avant de rompre
Vérifier le champ exact de la clause
La validité de la clause ne garantit pas la validité de sa mise en œuvre. L’arrêt du 3 juin 2026 le rappelle indirectement. La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel, mais elle ne tranche pas définitivement l’application concrète de la clause litigieuse.
Avant de notifier une résolution, l’entreprise doit identifier l’obligation inexécutée. Elle doit ensuite vérifier que cette obligation entre bien dans le champ de la clause résolutoire. Cette vérification doit précéder toute notification de rupture.
L’entreprise doit aussi contrôler les formalités contractuelles. Elle doit vérifier la mise en demeure, le délai de régularisation, la forme de la notification, le destinataire, la preuve d’envoi et la date d’effet.
Préparer la preuve avant la notification
Le dossier probatoire joue un rôle central. Une notification de résolution ne doit pas se limiter à évoquer un manquement général. Elle doit exposer les faits avec précision.
L’entreprise doit viser la clause applicable, l’obligation inexécutée et les éléments factuels qui démontrent le manquement. Elle doit aussi conserver les échanges antérieurs, les relances, les mises en demeure et les preuves d’absence de régularisation.
Cette préparation conditionne souvent la solidité de la rupture. Une clause valable peut perdre son efficacité si l’entreprise l’active sans preuve suffisante.
Ne pas oublier les autres contrôles juridiques
L’arrêt porte sur l’exigence de précision de l’article 1225 du Code civil. Il ne neutralise pas les autres contrôles possibles. Le juge peut encore examiner la bonne foi contractuelle, l’abus dans la mise en œuvre de la rupture ou certaines règles propres aux contrats spéciaux.
Dans certains contrats, le juge peut aussi contrôler le déséquilibre significatif. Cette vigilance concerne notamment les contrats d’adhésion ou certaines relations commerciales déséquilibrées.
La clause résolutoire balai constitue donc un outil utile, mais elle ne donne pas un droit de rupture automatique dans toutes les situations. L’entreprise doit toujours rattacher la rupture à un manquement identifié, prouvé et couvert par la clause.
Clause résolutoire balai : les points clés pour entreprises et dirigeants
L’arrêt du 3 juin 2026 clarifie une question importante pour les contrats commerciaux. L’article 1225 du Code civil n’impose pas une énumération exhaustive des obligations sanctionnées par la clause résolutoire.
Cette solution ne valide pas les clauses floues. Une clause résolutoire balai reste valable uniquement si les parties peuvent identifier les obligations concernées de manière claire et non équivoque.
Pour les entreprises, trois enseignements pratiques se dégagent :
- la clause peut conserver une formulation transversale, mais le contrat doit définir les obligations avec précision ;
- les renvois aux annexes ou documents contractuels doivent rester clairs et maîtrisés ;
- l’entreprise doit préparer la notification de résolution avec rigueur, car la validité de la clause ne suffit pas à sécuriser la rupture.
La décision confirme une approche favorable à l’efficacité contractuelle. La Cour refuse un formalisme excessif que la réforme de 2016 n’a pas clairement voulu instaurer. En contrepartie, elle maintient une exigence forte de lisibilité pour le débiteur.
Conclusion opérationnelle : sécuriser la clause avant de sécuriser la rupture
La Cour de cassation admet la clause résolutoire balai lorsque les parties peuvent identifier clairement les obligations concernées. Cette solution protège la pratique des contrats d’affaires, sans imposer une liste exhaustive dans la clause elle-même. Les entreprises doivent toutefois structurer leurs obligations contractuelles, sécuriser les renvois et documenter toute mise en œuvre. La clause résolutoire reste un outil puissant, mais elle exige une rédaction précise et une activation maîtrisée.
FAQ — Clause résolutoire balai et article 1225 du Code civil
Une clause résolutoire balai est-elle valable ?
Oui, si le contrat permet d’identifier clairement les obligations dont l’inexécution entraîne la résolution. L’arrêt du 3 juin 2026 refuse d’exiger une liste exhaustive dans la clause elle-même.
Faut-il énumérer toutes les obligations dans la clause résolutoire ?
Non. L’article 1225 du Code civil impose une exigence de précision, mais pas une énumération détaillée. Les obligations doivent toutefois figurer dans le contrat et rester clairement identifiables.
Une clause visant une “obligation substantielle” suffit-elle ?
Elle peut suffire si le contrat permet de comprendre ce que cette notion recouvre. Si l’expression reste vague ou non définie, la clause augmente le risque contentieux.
La mise en demeure est-elle obligatoire ?
En principe, le créancier doit adresser une mise en demeure restée infructueuse. Les parties peuvent toutefois prévoir que la résolution résultera du seul fait de l’inexécution.
L’arrêt valide-t-il définitivement la clause Canal+ / beIN Sports ?
Non. La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel et renvoie l’affaire. Elle juge seulement que l’absence d’énumération ne suffit pas, à elle seule, à annuler la clause.







